35mm… non, Super 8
Petite virée au cinéma avec les enfants pour découvrir la nouvelle réalisation de J.J. Abrams : Super 8.
Sentiments partagés après la vision de ce qui s’inscrit comme très bon moment de cinéma, mais qui flirte avec le grandiose… dommage ! Certains évoqueront des références trop évidentes aux oeuvres de Spielberg… c’est vrai, elles sont nombreuses, mais pour ma part elle apparaissent plus comme d’agréables clins d’oeil au maître du cinéma de SF (excellente private joke dans le film « Paul« ). Non, c’est plutôt la sensation d’un J.J. Abrams qui appuie un peu trop fort sur le frein pour éviter de voir la machinerie s’emballer… Snif ! un regret.
Pourtant, pour tous ceux qui ont eu l’occasion de filmer avec ce genre de caméra, c’est l’extraordinaire sentiment de liberté qui prévalait. La magie prendre forme sur un écran, la paire de ciseaux qui décidait du rythme, de l’action, du sens, bref une forme d’artisanat qui vous laissez comme un goût d’insatisfaction avec cette volonté de toujours vouloir recommencer. Cette caméra va devenir un oeil, voir ce que l’on ne peut pas ou ne plus voir (l’exemple de la séquence tournée pendant l’accident du train en est une excellente confirmation). La caméra sert de fuite, de pretexte, l’outil idéal pour rompre avec un monde trop adulte, trop sérieux, et de rester dans l’âge où rêve et imaginaire sont encore des besoins vitaux.
Un Kyle Chandler plus pertinent dans la série TV « Demain à la une » que dans son rôle de shériff où un Rod Steiger avait fait merveille dans « Jaws« . Une image à l’aspect patiné (aux couleurs tirant sur des dominates chaudes ou trop froides à l’instar des pellicules Super 8… si, si, je sais de quoi je parle), certainement voulue mais qui biaise le regard par une sorte de filtre artificiel. Le rôle des militaires plus accentués dans « Rencontre du 3eme type » et davantage manipulateurs. L’amitié jusqu’à devenir un sentiment exacerbé comme dans « E.T« .
Mais tout le pari de J.J. Abrams tient dans une scène : le moment où le groupe d’ados se décide à tourner dans une gare désaffectée. Une répétition qui les tient en haleine devant l’incroyable prestation de Elle Fanning jusqu’au moment de la fameuse tirade qui reviendra comme un leitmotiv : « plus-value sur la production ». Non mesdames, messieurs, si vous cherchez un Cloverfield 2, vous avez fait le mauvais choix ! Si vous aviez fait confiance à la bande annonce qui annonçait un nouveau blockbuster vous en ferez les frais comme un David Vincent qui cherche encore sa route (D’ailleurs, on ne retrouvera aucune des images du premier trailer… bien fait !).
C’est délibérément le côté « émotion » qui ressort de ce film. Certains y seront moins sensibles que d’autres… Car c’est le regard de jeunes ados accrochés à une époque (fin des années 70) où tout se bouscule et où tout va décidément trop vite qui doit nous questionner.
La patte du maître est présente et transparait comme un filigrane un peu trop marqué . Quand viendra le jour où J.J. Abrams s’affranchira, au même titre que le personnage de Joel Courtney, et laissera s’envoler le médaillon qui le retenait à son mentor pour voler de ses propres ailes.
La question reste suspendue aux coins de mes lèvres… Quand l’élève supplantera-t-il le maître ?

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